Les mots qui entrent et qui sortent du dictionnaire

Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.

Victor Hugo

À chaque année, son lot de nouveaux mots, de nouvelles expressions et de nouveaux tics de langage. Et parfois, l’usage leur permet d’entrer dans le dictionnaire. D’autres aussi en sortent. Pour quelles raisons ? Quels sont les mots qui ont fait leur apparition en 2022 ? Lesquels ont disparu ces dernières années ? Petite enquête au cœur du vocabulaire. 

Les nouveaux mots du dictionnaire 

Les nouveaux mots représentent une situation, un fait de société, ou font l’objet d’une mise à jour suite à une affaire juridique. Ces dernières années, on ne va pas se mentir, c’est surtout l’épidémie qui aura joué.

2020 – 2022 : des années marquées par la Covid-19

Les dernières années ont été riches en nouveaux termes. Au total, ce sont plus de 170 mots qui ont été inscrits au Larousse en 2022. La pandémie aura largement contribué à l’évolution de la langue. 

La crise sanitaire a notamment fait entrer au dictionnaire les termes suivants : 

  • covid ;  
  • antivax ;  
  • déconfinement et reconfinement
  • cluster
  • distanciation sociale.
Homme avec un masque qui inscrit un mot dans le dictionnaire.
Auteur du dictionnaire inspiré par l’épidémie


En outre, l’épidémie a largement impacté nos modes de vie en accélérant des pratiques comme : 

  •  le travail depuis son domicile. Le fameux « télétravail » a désormais sa place dans le dictionnaire ; 
  • le retrait de commandes en magasin, à savoir le « cliqué-retiré » la traduction littérale du « click & collect ».

🙋‍♀️ On nous dit dans l’oreillette que le mot « émoji » a également fait son entrée dans le Larousse 2022. L’usage de ces petits pictogrammes est de plus en plus fréquent. Selon le quotidien Libération « dans un sondage de Harris Poll publié en juin 2017, 36 % des jeunes de 18 à 34 ans utilisant émojis, GIF et stickers estiment que ces images expriment mieux leurs pensées et sentiments que les mots ». À quand le recensement des émojis les plus utilisés dans le dictionnaire ?

L’argot, une source d’évolution de la langue

On voit apparaître de nouveaux mots appartenant au registre familier. Le Petit Robert explique en effet que mythonner c’est raconter des histoires, qu’il ne vaut mieux pas se taper l’affiche (subir une humiliation), et qu’être refait est synonyme d’être heureux.

Personne qui fait la fête avec un masque
Malgré la distanciation sociale, le verbe « s’enjailler » aura quand même fait son entrée au dictionnaire

Usages oraux et usages écrits

« Tout est prédit par le dictionnaire. » 

Paul Valéry

La langue française est en constante évolution et les usages changent au fil du temps.  Le dictionnaire recense les mots et s’adapte donc aux usages. Cependant, il ne faut pas penser que le dictionnaire est un ouvrage objectif. Les auteur-es font preuve de choix éditoriaux. Et parfois, cela fait débat, notamment lorsque cela touche à l’écriture inclusive

Le pronom iel en est un bon exemple. Pour le Larousse, le terme n’est pas encore assez entré dans le langage courant pour mériter son entrée dans le dictionnaire. Selon, Bernard Cerquiglini, lexicologue et auteur du Larousse, « on ne rencontre l’attestation du pronom IEL que dans les textes militants ». 

À l’inverse, Le Robert a décidé de l’inscrire. Un choix décrié, car jugé trop politique ! Cette entrée a été perçue comme un acte militant alors même que les questions de genre traversent la société et que le pronom iel en est un reflet. 

L’éditeur a alors répondu aux opposant-es que « Le Robert, comme tous les dictionnaires, inclut de nombreux mots porteurs d’idées, présentes ou passées, de tendances sociétales, etc. Ce qui ne vaut évidemment pas assentiment ou adhésion au sens véhiculé par ces mots ».

La disparition de certains termes

Malgré toutes les nouvelles entrées, certains termes tirent aussi leur révérence. Voici quelques exemples de mots qui ont été retirés et leur signification :

  • Croque-notes : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un scribe qui mordille son crayon. Le mot désigne un-e mauvais musicien-ne « qui exécute facilement, mais sans expression et sans goût »
  • Croustilleux : Proche de « croustillant », le terme signifie quelque chose de « plaisant, piquant et grivois». Une chanson paillarde pourra être croustilleuse, par exemple. 
  • Escobarderie : Rien à avoir avec Pablo Escobar.  Il s’agit d’un « subterfuge », d’un « mensonge adroit ». 
  • Goguenarderie, une mauvaise plaisanterie ou une « attitude, une disposition d’esprit moqueuse »
  • Escourgée : Aucun rapport avec les courges et autres légumes. Il s’agit d’un « fouet fait de plusieurs lanières de cuir », un martinet en somme. 

Pour qu’un mot disparaisse, c’est qu’il n’est plus utilisé. Ce phénomène a d’ailleurs inspiré Georges Perec. Dans son ouvrage La Vie Mode d’Emploi, le personnage d’Albert Cinoc se présente comme « tueur de mots ». Il est chargé de rayer les mots tombés en désuétude du dictionnaire. Mais, rassurons-nous, le nombre de mots est plutôt en augmentation. Entre 1906 et 2018, le Larousse n’en a supprimé que 10 000 contre 18 000 nouvelles entrées. 

Effacer les mots
Albert Cinoc « tuant les mots »

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